03 avril 2009
L'Arbre des Possibles
Titre L'arbre des possibles et autres histoires
Auteur Bernard Werber
Genre Nouvelles (science-fiction, fantastique)
Publication 2002
Pages 275 (version poche)
Editeur Albin Michel
Mon évaluation **
Ça doit bien faire 2 ans qu'il traîne dans ma bibliothèque... Merci à ma soeurette pour le prêt longue durée!
En résumé
Imaginez que l'on recense, sous formes d'arbre, l'ensemble des futurs possibles de l'humanité. On partirait de quelques hypothèses telles que: "Et si une 3ème guerre mondiale éclatait?", "Et si la mode des mini-jupes revenait", ... De ces hypothèses, on tirerait plusieurs conséquences possibles: "La construction d'armes serait florissante", "Les esthéticiennes feraient fortune en épilation", ... En poursuivant ce processus, on parviendrait à établir une sorte de carte des futurs possibles et l'on pourrait déterminer, peut-être, le meilleur chemin possible pour l'humanité.
Tel est le 'pitch' de la nouvelle qui donne son titre à
ce recueil et le fil rouge qui sous-tend l'ouvrage. Bernard Werber s'y
amuse à imaginer des futurs, à formuler des hypothèses et à en démêler
les possibles conséquences.
Mon avis
Je ne fais pas partie des fans de Werber. Je ne fais pas non plus partie de ses détracteurs absolus. A vrai dire, cet auteur provoque toujours chez moi un sentiment mitigé: si j'apprécie l'originalité de ses idées, je suis souvent déconcertée par la froideur avec laquelle il développe ses histoires.
Pour ma part, je ne ressens pas le moindre soupçon d'empathie à l'égard de ses personnages (je soupçonne d'ailleurs que lui non plus!). Par ailleurs, ses personnages semblent eux-mêmes dénués de sentiments: dans "l'ermite absolu", un homme décide de se débarrasser de son corps et de ne vivre plus qu'à l'état de cerveau. Sa femme, qui connaît ses intentions, n'exprime à aucun moment un désaccord, ne manifeste quasiment aucune peur à l'idée de vivre seule, n'est pas triste de perdre en quelque sorte son mari. Ses enfants sont tout au plus étonnés à l'idée qu'il ne reviendra pas... Là, j'ai un peu de mal à y croire.
Bernard Werber a la froideur du scientifique et dissèque ses sujets avec application. Si, dans le processus, il conserve les idées qu'il veut faire passer et introduit un certain humour cynique, il y perd néanmoins en humanité et en chaleur. Je me suis bien amusée au début du recueil mais j'ai vite décroché et suis restée en-dehors de l'univers de Werber, en tant que simple observatrice. Dommage...
24 février 2009
Votre chat vous aime-t-il vraiment?
Titre Votre chat vous aime-t-il vraiment?
Auteur Eric-Emmanuel Schmitt
Genre Nouvelle
Publication 2007
Pages 45
Mon évaluation *
Cette nouvelle inédite est inclue dans le coffret DVD "Odette Toulemonde".
En résumé
Un lundi matin, les habitants d'un quartier tranquille ont la surprise de découvrir une série d'affiches placardées sur les murs, les bancs, les abribus... et portant l'étrange message suivant: "Votre chat vous aime-t-il vraiment?". Aucun logo commercial, aucun nom ne permet d'identifier l'auteur de cet affichage mystérieux. La semaine suivante, un nouveau message, tout aussi intriguant, fait son apparition. Le phénomène se répète ainsi de lundi en lundi à la plus grande consternation des habitants du quartier.
Alors que les hypothèses sur l'auteur de la campagne vont bon train (un cinglé? un frustré? un cocu?), le narrateur de la nouvelle, rongé par la curiosité, décide de mener l'enquête et de faire la lumière sur ce mystère.
Mon avis
C'est peut-être le titre qui m'a donné trop d'attentes par rapport à cette nouvelle (je m'attendais à une dissertation amusante sur l'indifférence féline), à moins que ce ne soit le nom de l'auteur qui ait attiré mon attention (j'ai beaucoup aimé "L'Evangile selon Pilate" et "La Secte des égoïstes"...). Quoi qu'il en soit, j'ai été vraiment déçue par "Votre chat vous aime-t-il vraiment?".
Insipide, fade et dégoulinant de bons sentiments, cette histoire n'a pas réussi à éveiller mon intérêt ou à provoquer le moindre sentiment de ma part. Pas d'énervement, pas d'agacement, pas d'enthousiasme: rien. Le vide total. Cette nouvelle ne m'a pas plus touchée que la lecture d'une liste d'ingrédients pour une recette de cuisine.
Si vous achetez le coffret "Odette Toulemonde", faites-le pour le film (que j'ai trouvé fort sympathique et amusant) et non pour cette nouvelle!
10 novembre 2008
Xingu
Titre Xingu
Auteur Edith Wharton
Genre Nouvelle
Publication 1916
Pages 53 (poche)
Mon évaluation ***
En résumé
Le Lunch Club est un cercle littéraire très fermé auquel ne participe que les femmes de la meilleure société. Lors de déjeuners au déroulement réglé dans les moindres détails, ces dames débattent, avec la plus grande érudition, de l'œuvre d'un auteur choisi. Après quelques années d'existence, les membres du Lunch Club, convaincues de la notoriété de leur assemblée, décident qu'il est temps pour elles d'inviter des auteurs renommés à leurs réunions.
C'est sur Osric Dane, une célèbre femme de lettre, que se porte leur choix. Le jour tant attendu de la rencontre, les choses ne se passent pas tout à fait comme ces dames l'avaient imaginé. Osric Dane s'ennuie, s'amuse à pousser ses hôtesses dans leurs derniers retranchements par des questions mettant au jour la vacuité de leurs réflexions.
Contre toute attente, c'est Mrs Roby, la dernière recrue du groupe, critiquée et dépréciée par l'ensemble des membres du Club, qui les tire de ce mauvais pas en lançant la conversation sur le fameux Xingu... Mais qu'est-ce ou qui est ce Xingu dont elle parle avec tant de ferveur et face auquel Osric Dane perd pied?
Mon avis
C'est grâce à Levraoueg, la Tourneuse de Pages, que j'ai découvert ce petit livre (d)étonnant. Quel choix judicieux pour un cadeau entre auteurs de blogs littéraires! On se retrouverai presque dans certains traits des dames du Lunch Club. Le "presque" a son importance car la critique qui sous-tend Xingu est acide et nous n'en sommes heureusement pas là (du moins je l'espère!).
Si Edith Wharton, au travers de cette nouvelle, met en relief la vacuité de l'érudition "bon marché" dont font preuve ce genre de clubs select, elle le fait avec beaucoup de subilité. La critique n'est jamais explicite, elle se dégage en filigrane des scènes et dialogues décrits par l'auteur.
Bartleby m'avait fait rire, Xingu m'a fait l'effet d'un bonbon au coeur d'acide citrique: sous le vernis sucré, on découvre une réalité qui "pique aux yeux". Peut-être parce que, quelque part, on s'y reconnaît un peu... A lire!
28 octobre 2008
Nouvelles
S'il
y a un genre littéraire dont je ne me lasse pas, c'est bien celui de la
nouvelle. Courte, incisive, dense et marquante: une bonne nouvelle
marque durablement l'esprit. Peut-être parce qu'à la différence d'un
"pavé", on peut la lire d'une traite.
Ces derniers temps, je
remarque que mes choix de lecture se portent de plus en plus vers des
recueils de nouvelles. Du moins, j'alterne presque systématiquement la
lecture d'un roman et d'une nouvelle. Ça m'apporte un bol d'air frais
entre deux longues histoires, un peu comme un sorbet rafraîchit le
palais au milieu d'un repas.
Ses origines
Déjà à la fin du Moyen-Age, la nouvelle côtoyait le conte. Les Cents Nouvelles nouvelles, premier recueil du genre, œuvre d'un anonyme, parait entre 1462 et 1466.
Au fil des siècles, les écrivains s'adonnent de plus en plus au genre
(en 1613, Cervantes, l'auteur de Don Quichotte, publie "Les Nouvelles
Exemplaires"). Parfois même, la nouvelle s'insère dans un roman où elle
tient lieu de digression dans l'intrigue principale, sous la forme, par
exemple d'un récit conté par un personnage de l'histoire.
Au XIXème siècle, la nouvelle devient un véritable phénomène. Elle est
publiée dans les journaux, tous les écrivains célèbres s'essaient au
genre, ...
Aujourd'hui, la nouvelle reste un genre apprécié par le grand public.
En France, on compte pas moins de 120 concours de rédaction de nouvelles par année...
Ses caractéristiques
Courte (difficile de fixer un nombre précis de pages,
mais on en compte en général moins de 100), la nouvelle se fixe sur un
seul événement. Elle compte en général peu de personnages et joue avant
tout sur la création d'une ambiance, d'une atmosphère.
Le défi, pour l'écrivain, est de parvenir, en un nombre restreint de
pages, à capter l'attention du lecteur et à le "faire entrer" dans
l'histoire. Dès lors, chaque mot est essentiel, on ne s'embarrasse pas
de descriptions inutiles.
Souvent, la chute est inattendue. Elle révèle un élément inconnu qui
remet en cause toute l'histoire, elle s'arrête brusquement sur un
instant-clé (un peu comme un arrêt sur image), ...
Des recueils et des nouvelles à lire
Je les ai lus et ils m'ont plu:
Recueils
- Edgar Allan Poe, Histoires Extraordinaires (et Nouvelles Histoires Extraordinaires)
- Oscar Wilde, The Canterville Ghost & Other Stories
- JRR Tolkien, Faërie (on pourrait rapprocher ses nouvelles du conte mais soit, c'est très agréable à lire!)
- Anna Gavalda, Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part
- Mélanie Fazi, Serpentine
- Roald Dahl, The Collected Short Stories (des chutes souvent noires et cyniques, à des kilomètres de Mathilda!)
- Marguerite Yourcenar, Nouvelles Orientales (magnifique!)
Nouvelles
- Bartleby le scribe, Herman Melville
- L'éternelle histoire, Karen Blixen
- La Vénitienne, Vladimir Nabokov
- Sarrasine, Balzac
J'en ai certainement oublié beaucoup! Je complèterai au fur et à mesure... Vous en avez d'autres à conseiller?
27 octobre 2008
Bartleby le scribe
Titre Bartleby le scribe
Auteur Herman Melville
Genre Nouvelle
Publication 1856
Pages 79 (poche)
Mon évaluation ****
En résumé
New-York, XIXème siècle. Le conseiller à la cour de Chancellerie, homme de loi d'âge mûr, est à la tête d'une équipe de deux scribes au caractère bien trempé et d'un jeune assistant. Pour renforcer sa main d'oeuvre, il engage un certain Bartleby. Si ce dernier étonne tout d'abord par son application au travail, il provoque très vite l'incompréhension et la stupéfaction lorsque, sollicité pour remplir certaines tâches, il refuse, sans autre forme d'explication que cette phrase: "je préfère pas".
Au fil des jours, les "préférences" de Bartleby s'affirment de manière de plus en plus fréquente jusqu'à ce que le conseiller se retrouve totalement dépassé par le caractère incongru et imprévisible de son employé et le grotesque de la situation.
Mon avis
Avec "Bartleby", Herman Melville, auteur de Moby-Dick, entraîne le lecteur, à la suite du malheureux narrateur, dans un tourbillon de scènes plus cocasses les unes que les autres... pour son plus grand ravissement! Témoin de la progression de l'envahissement de Bartleby, le lecteur est aux premières loges du spectacle et observe avec incrédulité la situation devenir de plus en plus inextricable. Impossible, face à cet enchaînement grotesque, de ne pas se mettre dans la peau du conseiller pour imaginer comment, dans la même situation, il aurait réagi pour s'extirper de ce cycle infernal! Impossible également de ne pas reconnaître de situations vécues (à moindre échelle) dans les ennuis provoqués par un "incruste" et les difficultés à prendre des décisions radicales.
"Bartleby" m'a énormément rappelé "Mr Bernardin", le voisin encombrant des "Catilinaires", d'Amélie Nothomb. Je ne serais d'ailleurs pas étonnée que ce dernier ait été inspiré par le personnage du scribe.
En bref, une délicieuse nouvelle, distrayante et pleine d'humour, à savourer d'urgence! Merci à Levraoueg pour cette découverte!
08 septembre 2008
Serpentine
Titre Serpentine
Auteur Mélanie Fazi
Genre Fantastique / Nouvelles
Publication 2004
Pages 315
Mon évaluation ****
En résumé
10 histoires, 10 tranches de vie, 10 décors et leurs personnages, 10 dérapages du réel à... autre chose. Mélanie Fazi serpente de faits étranges en situations extraordinaires et nous invite à la suivre dans un univers fascinant où tout est possible.
Une jeune fille erre sur une station d'autoroute: l'autocar qui la menait vers Strasbourg l'a oubliée pour on ne sait quelle raison. Dans une rame de métro, des personnages singuliers se croisent. Des enfants italiens passent leur dernier été dans la maison qui appartenait à leur Nonna. Le point de départ de récits aussi troublants les uns que les autres.
Mon avis
J'ai dévoré les 10 nouvelles de Serpentine à une vitesse folle allant d'enchantement en surprise et en fascination. C'est la couverture et le titre qui m'ont hypnotisée en premier lieu, le jour où j'ai acheté ce livre. Je ne connaissais absolument pas l'auteur et pourtant, je n'ai pas hésité une seconde: ce livre était pour moi, je le sentais!
Et, effectivement, je n'ai pas été déçue. L'écriture de Mélanie Fazi est littéralement ensorcelante, elle ne vous lâche pas avant la dernière page. Quand, en plus, j'ai découvert dans une des nouvelles une référence à "Jig of Life" de Kate Bush (probablement mon morceau préféré), j'ai été littéralement conquise.
J'ai eu le plaisir de la rencontrer aux Imaginales (Epinal) début de cette année et elle m'a paru extrêmement sympathique. Il paraît qu'un des personnages de son second recueil de nouvelles, "Notre-Dame-aux-écailles" (le "jumeau" de Serpentine, selon ses propres termes), porte mon prénom. Je ne résisterai probablement plus très longtemps à l'acheter!
Serpentine a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire (catégorie Nouvelle) en 2005.
En savoir plus...
Le site de Mélanie Fazi (avec notamment une section "bandes originales" avec les titres écoutés par l'auteur pendant l'écriture de ses romans/nouvelles)
